[Edito] Perruque protectrice

Il ne s’agit pas simplement d’un artefact capillaire permettant à la chevelure de gagner tranquillement en longueur en dessous. C’est bien plus que ça.

On parle d’un artifice offrant une échappatoire à la négrophobie ambiante. En portant une perruque, X n’est plus une simple noire. On ne sait d’ailleurs pas bien si elle est toujours noire. Peut-être est-elle devenue black ? L’anglicisme utilisé ici, renvoie à la  » « coolitude » supposée des afros-américains, largement implantée dans l’imaginaire collectif. Et dans le même temps, une telle supposition vient confirmer la subsistance des thèses coloristes dans notre société.

Moins un afro-descendant est perçu comme noir, plus il sera susceptible de faire l’unanimité. Triste héritage de la période esclavagiste.

Alors on cache notre nature crépue sous une perruque. On abrite nos afros des regards, nous dérobant ainsi au mépris de race, ainsi qu’aux préjugés qui vont avec.

« Sale »

« Négligée »

« Guetto » pour ne citer qu’eux.

Autant de termes dépréciatifs, auxquels une femme noire, souhaitant revendiquer son africanité, et célébrer son altérité, s’expose dans un milieu majoritairement blanc, ignorant son conditionnement européo-centré, et son adhésion totale aux canons de beauté occidentaux, au mépris de toute alternative.

Ainsi la femme  noire, aux cheveux naturels, formant une nuée cotonneuse auréolant son visage, sera moquée. Sera mégenrée. Sera constamment l’objet de remarques et de quolibets, qui, bien qu’au fil des années, elle ait appris à faire preuve d’abnégation, atteindront son mental, et son estime de soi.

Émotionnellement fatiguée, par un ensemble répétés d’épiphénomènes la disqualifiant socialement. Lasse, de perpétuellement s’astreindre à des questionnements, que ceux-ci portent sur son apparence physique, ou bien sur les différentes interactions sociales s’étant enchaînées au cours de la journée, et dans lesquelles elle était impliquée. Sa volonté de s’affirmer et d’imposer son cheveu crépu à la face du monde s’érodent. Désormais remplacée par une quête de quiétude, de mise à l’abris des regards, des remarques, du mépris, elle choisit de se détourner de sa singularité, pour gagner de la tranquillité.

Elle paie de son authenticité, le prix de sa paix.

 

 

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