[Netflix] : American Son, un drame abordant la question raciale aux Etats-Unis

Dans cet article, je vous donne mon avis sur le film Netflix American Son, avec Kerry Washington dans le rôle principale.

American Son est un drame d’une heure et demi, dans lequel on suit la nuit agitée que passent Kerry Washington et son conjoint, dans un commissariat, suite à la disparition inquiétante de leur fils adolescent métis.

On est donc plongé dans un huis-clos, dans lequel on ne croise que 4 personnages. En plus du couple, on retrouve deux policiers. Le fils disparu n’apparaît jamais à l’écran, mais l’ombre de sa présence plane sur l’ensemble du film, étant donné qu’il est placé au cœur de la plupart des paroles échangées.

Si American Son m’a frappée, c’est pour trois raisons. Premièrement, à cause de la qualité des dialogues. Les échanges entre Kerry Washington et son conjoint, et ceux entre l’actrice principale et le policier racisé, sont poignants, précis et porteurs de vérités qui méritent d’être entendues. Ils viennent donner une dimension théâtrale à ce film.

(Update: en recherchant des visuels pour mon article j’ai découvert qu’American Son était une pièce de théâtre à la base, qui a par la suite été adaptée en film par Netflix)

Ensuite, ce que j’ai apprécié, c’est la nouvelle lecture de la question raciale proposée. Ici, on ne s’intéresse pas seulement à la race d’un point de vue noir, ou d’un point de vue blanc. Mais il s’agit bien de la confrontation des deux. Ce qui nous permet d’entamer un début de réflexion, sur ce qu’implique le fait d’être métis, aujourd’hui aux Etats-Unis.

Le troisième point que j’ai relevé est la remise en question du concept de la blanchité. Au fur et à mesure du film, on apprend que la crise maritale que traversent les parents, a influé sur le fils, sur la manière dont il se définit. Suite au départ de son père, celui-ci a commencé à chercher de nouveaux repères, ainsi qu’à vouloir explorer la partie noire de son identité. Ainsi le jeune Jamal, avait entendu se rapprocher de deux élèves noirs de son lycée. Il avait également adopté une nouvelle coupe de cheveux: des tresses plaquées. Une coiffure que son père qualifie sans détour de « ghetto ». Tout au long du film, ce père blanc, aux racines irlandaises, tiendra plusieurs fois des propos prouvant qu’il est totalement déconnecté de la question raciale. De par le fait qu’il parle de discours victimaire quand Kerry Washington lui rapporte que leur fils souffre à la fois du fait de se sentir isolé parmi les blancs, ainsi que du fait de vivre dans un pays, où les violences policières envers les jeunes comme lui, sont légion, on comprend qu’on est face à un homme blanc qui ne s’est jamais posé la question de savoir ce qu’implique élever un afro-américain.

En parallèle à ce discours tenu par l’acteur masculin , Kerry Washington vient rappeler le poids historique qui pèse sur chacune des âmes noires de ce pays. C’est l’histoire d’un sud hostile, de la peur du Klan, et plus contemporainement des violences policiaires.

Visionner ce film m’a ouvert les yeux sur une realité: il n’y a pas de place pour le métissage aux Etats-Unis. Là-bas, on est soit noir, ou soit blanc. Et quand on est dans le premier cas, deux solutions semblent s’offrir à nous. La première d’entre elle serait d’apprendre à « survivre », dans un pays au le racisme institutionnalisé où l’homme noir est perçu comme un ennemi interne. C’est ce que préconise le policier racisé. La deuxième solution semble être celle que l’on décèle, dans le discours du père: s’acculturer, renier son africanité, afin de s’acheter une respectabilité (laquelle semble être déniée d’office aux personnes noires)

( ! Spoiler alert ! )

Pour finir sur American Son, j’ai trouvé que c’est un film juste, qui ne traîne pas en longueur, et qui parvient très bien à mettre en lumière le racisme américain. La fin du film, lorsque le policier racisé vient annoncer la mort du fils de façon expéditive, comme s’il ne s’agissait que d’une formalité administrative, m’a réellement donné les larmes aux yeux.