2019 : Année de la femme noire ?

Dans cet article, je souhaitais revenir sur la vague d’engouement et de réactions qu’ont suscités les victoires de plusieurs femmes noires à des concours de beauté. Et je voulais mettre ces récents événements en perspective avec une conversation que j’ai eu plus tôt dans l’année avec un collègue de travail.

2019 est l’année des femmes noires

Mon collègue, spécialisé en marketing, blanc et âgé d’une vingtaine d’années de plus que moi, avait lâché cette phrase, de but en blanc, au détour d’une conversation. Cette phrase aurait sans doute dû provoquer chez moi une forme d’engouement. En réalité, celle-ci m’a laissée perplexe, et sous le coup de l’interrogation. Qui sont les femmes noires, plus mises en avant qu’auparavant auxquelles mon collègue faisait référence ? Car pour moi, la femme noire était (et a toujours été) au cœur de l’actualité, étant donné que je m’intéresse essentiellement à tout ce qui touche aux femmes afro-américaines.

Depuis mon enfance, pour pallier au manque de représentation de femmes noires en France, c’est outre-Atlantique que je me tourne. En regardant les clips des Destiny’s Child ou des TLC dans les années 90, puis Rihanna et Ciara plus tard. Et puis, à l’époque, il y avait aussi des séries TV jeunesse, mettant en scène des familles noires: Cousin Skeeter ou encore Sister Sister, dans lesquelles j’ai pu découvrir des actrices telles que Meagan Good, et les sœurs Mowry.

Pour mon collègue, qui lui est très immergé dans la culture française, le fait que l’ensemble des agissements d’une femme comme Aya Nakamura soient relatés dans les médias, vient créer de la diversité dans le champ culturel auquel il était habitué. Parmi les personnalités afro-descendantes qui ont également marqué l’actualité, on peut citer Sibeth Ndiaye, qui a défrayé la chronique de par son style capillaire et son style vestimentaire. Ou encore les succès commerciaux entourant les divers projets lancés par Rihanna. A la fin de l’année 2019, quand 3 femmes noires ont consécutivement remporté les élections de Miss Universe, Miss World et Miss France, je me suis souvenue de cette phrase, et je lui ai trouvé des accents prophétiques.

Ma réaction aux 3 dernières élections de Miss noires

Dans la nuit du 8 au 9 décembre, Zozibini Tunzi a été élue Miss Universe, aux États-Unis. J’ai pris connaissance de cette nouvelle le matin du 9 décembre. Comme d’habitude, peu de temps après m’être réveillée, je suis allée sur Instagram. Les premières publications qui apparaissaient sur mon feed, étaient toutes des photos d’une très belle femme noire, à la peau foncée, aux traits fins et à l’air altier. Et puis, j’ai finis par tomber sur un cliché d’elle, portant sa courrone et son écharpe de Miss. En lisant la description qui accompagnait ce post, je découvre qu’il s’agit de la nouvelle Miss Universe.

Ma première réaction fût celle de la surprise. On s’attend toujours à ce que Miss Universe soit une fille grande, claire ou mat de peau, arborant une longue chevelure flottant au vent au moindre de ses déplacements. Zozibini Tunzi est tout autre. Du fait de sa coupe courte sur cheveux crépus. Du fait de son nez épaté, et de sa bouche charnue. Elle était magnifique. Mes secondes réactions furent celles de la fierté et de la joie. Parce qu’un concours d’envergure mondiale avait sacré une femme noire, et qu’on avait pas connu ça depuis Leïla Lopez en 2011. Je me suis empressée de partager la bonne nouvelle dans ma story Instagram.

Le soir même, je consulte à nouveau les réseaux sociaux. Cette fois- ci, j’y découvre des extraits vidéo, dans lesquels Zozibini Tunzi s’exprime. Sur le besoin de leadership chez les jeunes filles, ainsi que sur le fait qu’e’n grandissant, elle pensait que les filles ayant la même carnation et le même type de cheveux qu’elle ne pouvaient être considérées comme étant jolies. Pleine de de charisme et d’authenticité, cette Miss m’a totalement conquise personnellement.

Quelques jours plus tard, c’était au tour de la jamaïcaine Toni-Ann Singh d’être élue Miss Monde. C’est encore une fois via Instagram que j’ai appris la nouvelle. Cette fois-ci, j’étais moins surprise. Et pour cause, la Miss Jamaïcaine cochait toutes les cases permettant de la classer dans la catégorie des « belles femmes noires »: elle a la peau noir clair, elle a des traits fins, et une taille fine. Depuis très longtemps, ce modèle de femme est mise en avant dans la culture populaire afro-occidentale. Souvenez- vous dans le film Un Prince à New-York, sorti en 1988, parmi les femmes présentes dans le palais d’Eddy Murphy, la plupart ont le teint noir clair, sont maigres, et leur silhouette est faite d’une poitrine menue, et d’une taille marquée. Rien de très surprenant donc dans l’élection de cette Miss.

En France: la victoire de Clemence Botino

Étant donné que je ne me passionne pas pour les concours de beauté, je n’ai pas regardé l’élection de Miss France en direct. J’ai découvert qui était l’heureuse élue le lendemain, cette fois en me rendant sur Twitter.

Il s’agit de Clemence Botino, une guadeloupéenne de 22 ans, qui a étudié l’histoire de l’art à la Sorbonne. Face à son élection, les réactions étaient mitigées. Certains exprimaient leur incompréhension relative à la défaite de Miss Provence (première dauphine). D’autres, mettaient cette victoire sur le compte d’une nouvelle politique, visant à encourager le multiculturalisme. Enfin, j’ai également vu passer des tweets, dont les auteurs émettaient l’hypothèse que si la courrone de Miss avait été attribuée à la Guadeloupe, c’était pour acheter la paix sociale sur cette île, minée par la contestation sociale (notamment due au scandale du chlordécone).

Concernant le premier groupe, je pense que leur réaction est motivée par leur racisme. C’est malheureux, mais on le sait, chaque fois qu’une afro-descendante est élue Miss France, celle-ci subit une déferlante d’injures racistes. C’est notamment le cas de Sonia Rolland, ou encore Flora Coquerel, qui se sont ouvertement exprimées sur le sujet. En revanche, les deux autres hypothèses m’ont réellement intriguées. J’ai trouvé qu’elles formulaient un doute « légitime » sur l’élection de Clémence Botino.

Pour me faire ma propre opinion, j’ai décidé de regarder l’élection en replay.

Mes impressions sur l’élection de Miss France

Le show Miss France dure 2 heures. Il est donc très long à regarder. Au niveau de la cérémonie le déroulement est inchangé depuis des années. On voit les Miss défiler dans différentes tenues, pour ensuite être interrogées par Jean-Pierre Foucault. Au milieu de la soirée : une prestation de Robbie Williams. Je ne vous cache pas que je n’ai pas compris ce qu’il venait faire là.

Suite au visionnage de cette cérémonie, j’ai constaté une chose: il y a un fossé entre les candidates âgées de 18 à 20 ans, et celles qui ont entre 22 et 24 ans. Chez les premières, on sent lors de leurs prise de parole, qu’elles manquent de vécu, et parfois même de charisme et de profondeur. Les comités qui les élisent pensent sans doute que la fraîcheur et la naïveté qu’elles dégagent pourraient les faire gagner. Malheureusement pour ces filles là, étant donné que nous ne vivons plus à une époque où l’on attend d’une Miss qu’elle soit simplement belle et souriante, sache faire des « salutations Miss France » tout en se positionnant pour la paix dans le monde, elles partent désavantagées face à leurs aînées. Ces dernières, souvent déjà diplômées d’une licence ou d’un master, sont plus à même de se positionner sur les enjeux sociétaux actuels, ou bien de tenir un discours intéressant.

Si Clémence Botino a été élue, je pense que ça tient d’abord au fait qu’elle était préparée. A chacune de ses prises de parole, elle parlait avec aisance et assurance. Et lors des défilés, elle a su faire preuve d’élégance dans sa gestuelle. Personnellement je ne saurai pas dire si elle était réellement la plus belle des candidates, car à mon avis, toutes filles qui faisaient partie des 5 dernières candidates retenues, méritaient tout autant la couronne (je parle d’un point de vue physique). Quoiqu’il en soit, le visionnage de la cérémonie m’a permis de réaliser que Clémence Botino méritait amplement le titre de Miss France, et qu’il ne s’agissait nullement d’une élection pour surfer sur la vague de la tendance des Miss noires, ni même d’une manoeuvre politique pour apaiser les tensions outre-mer.

Après les élections : le racisme ?

Comme je l’ai mentionné précédemment, quand une femme noire sort victorieuse d’une élection de Miss, des commentaires racistes s’en suivent. Cependant, j’ai remarqué que selon le teint et le type de cheveux de la Miss, cette dernière n’est pas exposée aux mêmes railleries ou critiques.

Ainsi pour les utilisateurs de Twitter les plus férus de misogynoire, il semblait drôle de comparer Zozibini Tunzi à un joueur de foot de l’Olympique Marseille. Une attaque misogynoire « classique », à laquelle nombre de femmes noires sont confrontées. C’était également le cas pour Aya Nakamura au début de sa carrière.

Clémence Botino,qui arborait une belle chevelure bouclée le soir de l’élection, (et qui fait des apparitions publiques avec les cheveux lissés depuis qu’elle a été élue) n’essuie pas les mêmes critiques. Sa féminité n’est pas remise en cause. Par contre, ce qui apparaît comme étant problématique, c’est la campagne médiatique consistant à mettre en avant sa première dauphine, ainsi que le classement du jury (ce dernier ne l’ayant pas classée dans son top 3), entreprise par certains médias comme: Paris Match, Public, ou encore Gala. Co’cernant les injures racistes qu’a reçues la jeune guadeloupéenne, celles-ci font désormais l’objet d’une plainte déposée par le CRAN.

Un regard sur ces élections de femmes noires

Mise à part l’élection de Zozibini Tunzi, cette vague de consécration de femmes noires ne m’a pas émue plus que ça. Même si je me félicite de cette étape de plus franchie allant vers la fin de l’invisibilisation de la femme noire.

La première raison tenant au fait que sur les 5 femmes noires élues en 2019, seules 2 ont la peau foncée. Un constat, qui selon moi, vient confirmer les thèses coloristes.

La seconde explication de mon manque d’enthousiasme concernant ces Miss, est due au fait que je suis issue d’une culture ,où il est déjà acquis depuis bien longtemps que la femme noire est belle. D’autant plus quand elle est maigre, a des traits fins, porte des extensions ou un défrisage, ou bien possède une chevelure bouclée.

Mais les résultats de ces concours de beauté ont également soulevés chez moi des inquiétudes:

  • Quid de la femme noire darkskin ? La pré-dominance de femmes lightskin élues Miss pourrait-elle créer une nouvelle forme de représentation de la femme noire « acceptable », « désirable », « bankable », qui viendrait repousser la femme noire foncée de peau en dernier choix, que ce soit sur le plan amoureux, ou bien lors de sélection basée sur le physique pour certains corps de métiers (actrices,mannequinat)
  • A propos des cheveux 4C :Est-ce qu’en élisant une femme noire aux cheveux crépus courts, on n’envoie pas à la communauté noire, le message qu’il vaut mieux porter ses cheveux courts que de les laisser pousser en afro ? Jusqu’à aujourd’hui, on n’a pas encore vu une femme coiffée d’une belle afro 4C remporter un concours de beauté. Elle serait là la vraie révolution selon moi.

Que pensez- vous des concours de beauté en général?

Qu’avez-vous pensé de ces élections ?

Avez-vous une Miss favorite ?